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INTERVIEW : Mystique

Dernière mise à jour : 18 nov. 2020



On l’a vue délivrer des podcasts pour Maraboutage, Rinse FM, elle a déjà écoulé ses disques au Méta… Focus sur Mystique, artiste marseillaise engagée et fine sélectrice.



Aucun de tes sets ne se ressemblent ; c’est quoi ton secret de fabrication ?


J’essaye de ne m’imposer aucune limite à l’écoute et à la découverte. Je me fascine depuis toujours pour la musique comme un vaste phénomène social et politique. Beaucoup de courants sont nés en réponse à un contexte plus que défavorables à leur propre genèse (pauvreté, censure, violence & répression). J’admire ainsi toute la capacité des artistes à contrer et dénoncer les maux de notre humanité via le son, la chanson et le rythme.


Je désire plus que tout parvenir à rompre les barrières invisibles entre les genres. A l’heure où l’évolution des procédés techniques de création et de diffusion permet à la culture de se réinventer chaque jour, toute une génération de producteurs assurent des interconnexions d’influences jusqu’alors inexistantes. World music, Rap et sonorités électroniques se mêlent avec amour pour faire danser les foules à travers le monde. J’espère pouvoir les célébrer au mieux !



On sent que t’es influencée de tous les côtés, tu peux nous parler de ton parcours ?


J’ai grandi dans une famille du Sud de la France aux multiples origines (africaines du nord & latines). Alors que mes ainés dansaient au rythme du flamenco ou du raÏ, mes parents, eux, adoraient la Soul et le UK Garage. Sous leur impulsion, j’ai rejoint assez jeune le conservatoire de ma commune pour y suivre des cours de musique. Plus tard, j’ai eu la chance de m’enrichir au contact d’artistes, d’organisateurs et de grands amoureux d’expériences sonores en tout genre. Il était facile de constater que leur envie de proposer de nouveaux types de soirées faisait face à une sous-exposition médiatique et à un manque manifeste d’espaces pour accueillir leurs projets. Les belles initiatives qui tendaient à s’éloigner des standards Techno ou Rap mainstream par exemple, restaient le plus souvent marginalisées et peinaient à rencontrer le public français, surtout en province. Heureusement les choses sont en train de changer.


En 2016, j’ai participé à l’écriture du fanzine grenoblois Pidgin consacré à la mise en exergue des sous-cultures dans l’art, le cinéma et la musique. J’ai également pu animer quelques émissions sur Radio Canut à Lyon où je bénéficiais d’une grande liberté dans la programmation. Ce n’est que très récemment que j’ai commencé à me produire sur scène en tant que DJ, notamment auprès de collectifs queers lyonnais très engagés dans la défense des droits des personnes racisées. Installée à Marseille depuis deux ans, je suis très heureuse d’avoir pu y rencontrer une communauté d’artistes et un public sensibilisé plus qu’ailleurs aux lourdes questions liées au racisme, à l’identité de genre ou à la place des femmes. La ville rayonne d’initiatives DIY diverses (galeries, soirées, projections, petits festivals) assurant une place de qualité à la musique et à l’art en général, là où les institutions politiques n’y voient pas de grand intérêt.



Tu valides qui en ce moment ? Pas forcément en musique


Lectures :

+ Les publications semestrielles « Volume ! La revue des musiques populaires » qui proposent des articles de qualité autour d’un thème donné.


+ La série d’ouvrages « Audimat » proposée par les Siestes Électroniques de Toulouse


+ Les travaux de Victor Dermenghem, notamment ses articles retraçant l’histoire du reggaeton (Couvre-Chefs), les « bitch tracks » et la ghetto-tech (Trax Magazine).


+ Le blog de recommandation musicale « Musique Journal » qui dédie chaque jour un article à un artiste, un genre ou une sortie.


Podcasts radio :

+ L’émission « Sur le Réseau » présentée par King Doudou et diffusée sur LYL Radio (Lyon), elle est dédiée aux différents courants de musiques électroniques à travers le monde.


+ Les podcasts « Faya » animés par Renaud Brizard sur Nique Radio (Paris), il consacre son travail à l’étude des scènes dancefloor à travers le monde.


Documentaires :

+ La plateforme « 4 :3 » lancée par Boiler Room qui permet de visionner des documentaires sur la musique.



Tu dois quand même avoir un guilty pleasure en musique non ?


La musique est un formidable médium d’expression, peu importe la forme que celui-ci se décide à prendre, je ne considère rien comme coupable.



Selon toi, c’est quoi une teuf réussie à Marseille ?


à Marseille comme ailleurs, une belle soirée est à mes yeux un moment de plaisir commun entre un DJ et un public qui l’espace de quelques heures, parviennent à oublier ensemble les péripéties du quotidien. Une fête réussie est une fête où les passions se lient, où des amitiés se créent, où les esprits se désinhibent et où les corps s’échauffent.


Aussi, je tiens à replacer l’artiste qui se produit sur le même pied d’égalité que ceux qui viennent l’écouter. Je regrette même parfois le trop grand espace qui peut lui être accordé et j’aimerais que les gens prennent plus le temps d’échanger ensemble à l’instar de regarder fixement ce qu’il peut se passer du côté des platines.


Enfin et surtout, je mesure la beauté d’une nuit à la possibilité pour chacun et chacune de se sentir en sécurité, de danser sans peur du jugement ou de l’agression. Un effort de sensibilisation doit absolument être fait pour que le concept de « safe place » soit intégré par tous les acteurs de la nuit.



Tu sais où est-ce que tu as envie de jouer quand ça sera possible ?


Malheureusement notre pays et surtout Marseille font face à un épisode sanitaire plus que désastreux pour le monde culturel… J’attends qu’il y ait une prise de conscience politique post-covid sur l’intérêt des soirées de musique électronique mais ce n’est pas gagné…


Parmi tous les projets annulés et reportés, j’espère que le Encore Encore Festival porté par le Laboratoire des Possibles ou que les soirées du collectif Filles de Blédards pourront bientôt avoir lieu.


Pour le reste, je me concentre sur des projets radiophoniques, notamment avec Ola Radio (Bordeaux) dont j’assure la programmation World Music tous les samedis soirs et Egregore Collective (Toulouse), chez qui j’invite chaque mois un artiste à se produire.


Dans l’idéal, j’aimerais également réussir à proposer des formats de conférences, workshops et projections sur Marseille axés autour de la création musicale en attendant la réouverture des dancefloors.



Interview par SIMUS




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